La chaîne
Un texte à dire sur l’éléphant qui a dépassé sa chaîne, et sur les peurs qu’on garde bien après qu’elles ont cessé de nous retenir.
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As-tu déjà entendul’histoire de l’éléphant ?
On raconte que lorsqu’il était petit,on lui a attaché une chaîne à la patte.Et chaque jour,il tirait.
Il tirait jusqu’à en avoir la peau meurtrie.Il tirait jusqu’à ce que la poussière sous ses piedsdevienne la carte de tous les endroitsoù il ne pourrait pas aller.
Mais la chaîne ne cédait pas.
Alors il a réessayé.Encore.Et encore.Jusqu’au jour oùil a arrêté.
Pas parce qu’il ne voulait plus être libre,mais parce qu’il avait commencé à croireque la liberté était impossible.
Puis les années ont passé.
Le petit éléphant a grandi,encoreet encoreet encore.
Ses pattes sont devenues des piliers.Son corps est devenu une montagne.Il est devenu assez fortpour déraciner l’arbre mêmequi retenait autrefois sa chaîne.
Et pourtant,il restait là.
Parce que l’éléphant avait grandi.La chaîne, non.Et sans qu’il s’en rende compte,le souvenir de son impuissanceétait devenu plus puissantque toute la force qu’il possédait désormais.
Et je me demandecombien d’entre nousressemblent à cet éléphant.
Combien de fois nous sommes-nous dits incapablesalors que ce que nous voulions vraiment dire, c’était :« J’ai essayé une fois, et ça m’a fait mal » ?
Combien de fois laissons-nous hierécrire les règles de demain ?
Une porte se ferme,et nous cessons de frapper.Un rêve s’effondre,et nous cessons de rêver.Une personne s’en va,et nous commençons à croireque tout le monde partira.
Nous prenons un moment d’échecet nous l’étironsjusqu’à ce qu’il ressemble à une vie entière.
Et sans même nous en rendre compte,nous devenons prisonniersde nos propres pensées pessimistes.
Pas parce que toutes les chaînes sont imaginaires.Certaines blessures sont réelles.Certaines portes étaient vraiment fermées à clé.Certaines pertes nous ont vraiment changés.
Mais nous changeons, nous aussi.
Nous ne sommes plus les petites versions effrayéesde nous-mêmesqui ont appris pour la première foisce que l’échec faisait ressentir.
Nous avons grandid’une manière que nous n’avons même pas remarquée.
Et peut-être que la chaîneque tu crois encore impossible à brisern’est pas aussi forteque la personne que tu es devenue.
Alors j’espère qu’un jourtu cesseras de demander au passéla permission de réessayer.
Parce qu’échouer une foisn’est pas une prophétie.Et le fait que tu n’aies pas pu, alors,ne veut pas dire que tu ne peux pas, maintenant.
Quelle tragédie ce seraitde vivre toute ta viedans une prisondevenue trop petite pour toi.
Alors dis-moi :et si la chaînene te retenait plus ?
Et si c’était toiqui t’y accrochais encore ?
Et si,pour une fois,tu tirais ?
Rachel Veronica
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